Chez soi – Une odyssée de l’espace domestique

Je viens de terminer Chez soi, de Mona Chollet, un livre / essai qui a été maintes fois cité par Solange (notamment ici). Il s’agit d’un essai sur tout ce qui a trait au logement. Je te donne mon avis un peu plus loin…

Résumé au dos du livre : Le foyer, un lieu de repli frileux où l’on s’avachit devant la télévision en pyjama informe ? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l’on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l’ardeur que l’on met à se blottir chez soi ou à rêver de l’habitation idéale s’exprime ce qu’il nous reste de vitalité, de foi en l’avenir.
Ce livre voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. Mais il explore aussi la façon dont ce monde que l’on croyait fuir revient par la fenêtre. Difficultés à trouver un logement abordable, ou à profiter de son chez-soi dans l’état de « famine temporelle » qui nous caractérise. Ramifications passionnantes de la simple question « Qui fait le ménage ? », persistance du modèle du bonheur familial, alors même que l’on rencontre des modes de vie bien plus inventifs…
Autant de préoccupations à la fois intimes et collectives, passées ici en revue comme on range et nettoie un intérieur empoussiéré : pour tenter d’y voir plus clair, et de se sentir mieux.

Mon avis : J’ai adoré la première moitié du livre, le côté intimiste qu’installe l’auteur lorsqu’elle traite du fait d’être casanier (ce que je suis, je me suis beaucoup retrouvée dans ce qu’elle écrit), du bonheur que l’on éprouve des petites choses du quotidien, et même le plaisir de l’ennui parfois lorsque l’on est seul chez soi. Cette première partie m’a un peu fait penser à Intérieur, de Thomas Clerc, dont je t’avais parlé ici. J’ai aimé la partie qui traite du temps, de celui dont on ne dispose pas pour cause de trop de travail, de celui qu’on idéalise, celui pendant lequel on s’imagine profiter au maximum de lire, écrire, créer, de celui que l’on gaspille inutilement à cause d’internet… J’ai relevé plein de citations et de livres auxquels elle fait référence (j’ai notamment très envie de découvrir Oblomov, dont je n’avais jamais entendu parler jusque là mais qui m’a l’air très chouette).

J’ai beaucoup moins apprécié la deuxième moitié du livre, lorsqu’elle parle du féminisme, par exemple (non que ça ne m’intéresse pas, mais ce n’est pas ce que je recherchais dans cette lecture), du mal logement ou de l’architecture (peut être que le fait de travailler 39h/semaine dans une agence immobilière contribue au fait que les problèmes de logement me deviennent insupportables).

Mon avis général est donc plutôt mitigé, j’attendais autre chose de cette lecture. J’espérais en fait approfondir ce que j’avais aimé dans le livre de Thomas Clerc. Comme Solange, je regrette que ce livre ne soit pas plus personnel. Mais comme elle le dit aussi, ce n’était pas vraiment le propos.

Citations : 

« La maison abrite la rêverie, la maison protège le rêveur, la maison nous permet de rêver en paix. Il n’y a pas que les pensées et les expériences qui sanctionnent les valeurs humaines. » Peu importe les angoisses que m’inspiraient tant l’état du monde que ma propre situation : « respire! » me soufflait Bachelard. »

« Mais il faut se rendre à l’évidence : je peux bien refermer sur moi toutes les portes que je veux, désormais, je ne suis plus jamais seule. J’ai muté. J’ai dans la tête un tumulte infernal. Mon cerveau est ouvert à tous les vents. Il ressemble à un poste de radio qui changerait de fréquence toutes les deux minutes. Ma pensée saute sans cesse du coq à l’âne; ce qui, je le sais bien, est le propre de la pensée, mais pas à ce point. Je continue d’éprouver un besoin impérieux de solitude, et d’apprécier ces moments, mais ce n’est plus la même qualité de solitude. Je ne retrouverai jamais l’intégrité mentale, la paix et la concentration des heures de lecture dans la bibliothèque de mon enfance ou sur le canapé de mon adolescence. Comme le dit si bien une image diffusée par l’écrivain Douglas Coupland, qui a beaucoup circulé… sur Internet : « Mon cerveau d’avant Internet me manque ». »

« J’ai les moyens d’acheter des livres, mais moins de temps pour les lire. En contemplant les piles qui encombrent l’appartement, j’essaie d’évaluer de combien leur volume dépasse déjà la somme de temps que j’aurai jamais à leur consacrer. Je découvre avec soulagement qu’en japonais in existe un mot pour cela : tsundoku (« acheter des livres et ne pas les lire ; les laisser s’empiler sur le sol, les étagères ou la table de nuit »). Auparavant, aucun essai ne me semblait trop ardu si le sujet m’intéressait : je m’installais à la table du salon et je laissais les heures s’écouler sereinement, soulignant avec soin les passages marquants au crayon et à la règle. En protégeant ma concentration, la pièce autour de moi semblait me seconder dans mes efforts et partager l’émerveillement des révélations qu’ils me valaient. Désormais, la journée ayant épuisé mon énergie intellectuelle, je suis trop fatiguée le soir pour faire autre chose que de regarder des séries télévisées. »

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