Merry Christmas

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Londres, ni son climat, n’avaient rien de bien agréable. Cependant on remarquait partout dehors un air d’allégresse, que le plus beau jour et le plus brillant soleil d’été se seraient en vain efforcés d’y répandre.

En effet, les hommes qui déblayaient les toits paraissaient joyeux et de bonne humeur ; ils s’appelaient d’une maison à l’autre, et de temps en temps échangeaient en plaisantant une boule de neige (projectile assurément plus inoffensif que maint sarcasme), riant de tout leur cœur quand elle atteignait le but, et de grand cœur aussi quand elle venait à le manquer.

Les boutiques de marchands de volailles étaient encore à moitié ouvertes, celles des fruitiers brillaient de toute leur splendeur. Ici de gros paniers, ronds, au ventre rebondi, pleins de superbes marrons, s’étalant sur les portes, comme les larges gilets de ces bons vieux gastronomes s’étalent sur leur abdomen, semblaient prêts à tomber dans la rue, victimes de leur corpulence apoplectique ; là, des oignons d’Espagne rougeâtres, hauts en couleur, aux larges flancs, rappelant par cet embonpoint heureux les moines de leur patrie, et lançant du haut de leurs tablettes, d’agaçantes œillades aux jeunes filles qui passaient en jetant un coup d’œil discret sur les branches de gui suspendues en guirlandes ; puis encore, des poires, des pommes amoncelées en pyramides appétissantes ; des grappes de raisin, que les marchands avaient eu l’attention délicate de suspendre aux endroits les plus exposés à la vue, afin que les amateurs se sentissent venir l’eau à la bouche, et pussent se rafraîchir gratis en passant ; des tas de noisettes, moussues et brunes, faisant souvenir, par leur bonne odeur, d’anciennes promenades dans les bois, où l’on avait le plaisir d’enfoncer jusqu’à la cheville au milieu des feuilles sèches ; des biffins de Norfolk, dodues et brunes, qui faisaient ressortir la teinte dorée des oranges et des citrons, et semblaient se recommander avec instance par leur volume et leur apparence juteuse, pour qu’on les emportât dans des sacs de papier, afin de les manger au dessert. Les poissons d’or et d’argent, eux-mêmes, exposés dans des bocaux parmi ces fruits de choix, quoique appartenant à une race triste et apathique, paraissaient s’apercevoir, tout poissons qu’ils étaient, qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire, allaient et venaient, ouvrant la bouche tout autour de leur petit univers, dans un état d’agitation hébétée.

Et les épiciers donc ! oh ! les épiciers ! leurs boutiques étaient presque fermées, moins peut-être un volet ou deux demeurés ouverts ; mais que de belles choses se laissaient voir à travers ces étroites lacunes ! Ce n’était pas seulement le son joyeux des balances retombant sur le comptoir, ou le craquement de la ficelle sous les ciseaux qui la séparent vivement de sa bobine pour envelopper les paquets, ni le cliquetis incessant des bottes de fer-blanc pour servir le thé ou le moka aux pratiques. Pan, pan, sur le comptoir ; parais, disparais, elles voltigeaient entre les mains des garçons comme les gobelets d’un escamoteur ; ce n’étaient pas seulement les parfums mélangés du thé et du café si agréables à l’odorat, les raisins secs si beaux et si abondants, les amandes d’une si éclatante blancheur, les bâtons de cannelle si longs et si droits, les autres épices si délicieuses, les fruits confits si bien glacés et tachetés de sucre candi, que leur vue seule bouleversait les spectateurs les plus indifférents et les faisait sécher d’envie ; ni les figues moites et charnues, ou les pruneaux de Tours et d’Agen, à la rougeur modeste, au goût acidulé, dans leurs corbeilles richement décorées, ni enfin toutes ces bonnes choses ornées de leur parure de fête ; mais il fallait voir les pratiques, si empressées et si avides de réaliser les espérances du jour, qu’elles se bousculaient à la porte, heurtaient violemment l’un contre l’autre leurs paniers à provisions, oubliaient leurs emplettes sur le comptoir, revenaient les chercher en courant, et commettaient mille erreurs semblables de la meilleure humeur du monde, tandis que l’épicier et ses garçons montraient tant de franchise et de rondeur, que les cœurs de cuivre poli avec lesquels ils tenaient attachées par derrière leurs serpillières, étaient l’image de leurs propres cœurs exposés au public pour passer une inspection générale…, de beaux cœurs dorés, des cœurs à prendre, si vous voulez, mesdemoiselles !

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CHARLES DICKENS, CANTIQUE DE NOËL.

Images Pottermore.

Lemon June 🍋

On continue avec les chaînes youtube que j’adore.

J’ai découvert la chaîne de Lemon June il y a peu de temps grâce au projet Sun & Books et j’ai dévoré toutes ses vidéos en un temps record! Quelle chouette nana! Elle est pétillante, pleine d’inventivité, et cerise dans la tasse de thé, elle lit des classiques! Je t’invite à découvrir ses vidéos, par exemple celle sur Au Bonheur des Dames de Zola, et te défie ensuite de me dire qu’elle ne t’a pas franchement donné envie de le découvrir.

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Je te laisse à présent la découvrir (de mon côté je cours me procurer le bouquin dont elle parle sur cette vidéo), et te souhaite une bonne soirée!

Salut!

Cédrik Armen

Dans la série Les youtubeurs que j’aime, après Solange te parle

Euh attend, tu ne connais pas encore Cédrik? Tu veux savoir comment on présente un livre en ayant la classe? Et bien regarde ça!

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Bien sûr tu peux lui donner un pouce en l’air et lui dire que son travail est top, je pense que ça lui ferait plaisir n’est-il pas?

Bref, en ce moment je suis standardiste…

« Bonjour Madame excusez moi de vous déranger… », bruit de bouche : une sorte d’aspiration, un mélange d’air et de salive, bruit très désagréable si tu veux mon avis.

C’est à ce moment précis que ma patience entre en jeu pour la 244ème fois de la journée.  « Vous ne me dérangez pas, Madame étant donné que mon travail consiste justement à répondre à votre appel, mais n’étant sûrement pas au fait de la chose, je vous concède cette méprise. Cependant, selon la majorité des manuels de bonnes manières, y compris, excusez du peu, ce très cher Wikipédia, il me semble que je ne suis pas forcée d’accepter vos excuses. Il serait de bon ton de réitérer votre appel en formulant votre requête de cette manière : « Bonjour Madame, je vous prie de m’excuser/je vous présente mes excuses pour le désagrément que vous cause mon appel… ». Mais je n’en demande pas tant, exposez moi simplement votre problème après un Bonjour de courtoisie, j’en serais ravie! »

Bref, disposant d’une patience inébranlable, je passe outre.

Suite de la conversation : « Je voudrais parler au service … s’il vous plaît ». Paf! Encore une qui me demande un service inexistant dans l’entreprise! Afin de cerner sa demande pour mieux l’orienter, je pose la question fatidique : « C’est à quel sujet, s’il vous plaît? ». Erreur!  La voilà qui passe trois minutes à me raconter que son petit fait ses dents, que le grand a vomi ce matin à l’école, qu’elle a du aller le chercher, que c’était compliqué parce qu’il a fallu couvrir le petit pour ne pas qu’il prenne froid parce qu’en plus de ses dents, vous comprenez… tout ça pour arriver enfin aux cinq mots miracles tant attendus : « Mon store est cassé ». MER-CI!

Bref, disposant d’une patience inébranlable, je passe outre.

Appel suivant, toujours pareil jusqu’à : « C’est à quel sujet, s’il vous plaît?

– Non mais vous vous prenez pour qui? Vous êtes à l’accueil ça ne vous regarde pas, mes employés à moi ne posent pas des questions comme ça! »

Je fais quoi, je m’énerve? Je lui dis que je m’en fous de sa vie, qu’au passage c’est une conne et qu’une fois que j’aurais raccroché j’aurai oublié sa misérable existence (et là je te fais la version gentille et non censurée de ce qui m’a traversé l’esprit à ce moment là)?

Non, disposant d’une patience inébranlable, je passe outre. (Remarquez quand même la finesse de MES employés à MOI!)

Il y a aussi les personnes âgées qui ne sont pas rapides rapides alors que j’ai de mon côté six personnes qui attendent que je décroche CE P… DE TÉLÉPHONE, ceux qui téléphonent dès qu’une question leur traverse l’esprit, soit quatre fois par jour, ceux qui hurlent sur leur progéniture ou leur chien (ou leur femme) alors que j’essaie de leur faire comprendre que nous sommes en communication, ceux qui font appeler leur Maman, ceux qui réfléchissent à la raison de leur appel une fois qu’ils sont en ligne, ceux qui ne savent toujours pas alors qu’ils sont en ligne, celles qui te prennent pour une crétine,  les découragés, les désespérés, les énervés, les furieux…

Mais disposant d’une patience inébranlable, je passe outre (mais là je commence à fatiguer, je l’avoue).

Au milieu de ce marasme, il y a quand même quelques irréductibles optimistes qui résistent encore et toujours à l’envahisseur, ces gens aimables et courtois qui poussent même parfois le vice jusqu’à « vous remercier pour votre gentillesse et votre efficacité ». Si tu fais partie de ces gens là, je te remercie grand comme ça! Merci d’être le rayon de soleil qui illumine ma journée!       WOUAAAH!

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Pour finir:

PETIT MANUEL DE L’APPELANT DANS L’ADMINISTRATION

  • Simplement bonjour tu diras (en théorie, la personne qui répond tu ne dérange pas).
  • Ton identité (NOM et PRENOM) tu déclineras (en articulant, cela va sans dire).
  • Ton nom, s’il est un peu compliqué tu épelleras.
  • Le service souhaité tu ne nommeras pas sauf si tu en es sûr, tu tomberas sans doute à côté sinon.
  • L’objet de ton appel tu énonceras simplement.
  • Si une personne a tenté de te joindre, tes messages tu écouteras avant de rappeler.

On ne t’en demande pas plus et on chuchotera une fois raccroché « Il était bien lui! ».