Sur les chemins noirs

Chuter.

Se relever et marcher.

Marcher pour chasser les démons. Marcher pour rester debout. Marcher parce qu’on ne peut vivre sans.

Partir sur les chemins noirs. Loin de tout, loin du monde.

Nostalgie. Pessimisme. L’actualité, le Monde, malgré tout trop présents.

Traverser par les campagnes la France d’un bout à l’autre. D’abord la Provence. Ensuite le Massif central.

Et puis retrouver la mer.

Le terme de ce périple.

Les eaux sombres de la Normandie.

Une angoisse s’insinue.

Et après?

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« Ayant reconquis l’usage de mes jambes, je ne pouvais pas désespérer. M’était rendue la liberté de mouvement, le droit de me carapater dès que pointait l’ombre d’une contrainte, d’une requête, d’une sommation – pire : dès que sonnait le téléphone. »

« Il ne s’agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l’outrecuidance de le changer. Non! Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui. L’évitement me paraissait le mariage de la force avec l’élégance. »

« Dans la descente, ce panneau sous les poiriers prouvait combien l’administration maternait les citoyens : La praticabilité de cet itinéraire n’est pas garantie. On devrait annoncer cela à tous les nouveau-nés au matin de leur vie! »

« Une seule chose était acquise, on pouvait encore partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s’engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre, et on pouvait couronner ces heures de plein vent par des nuits dans des replis grandioses. 

Il fallait les chercher, il existait des interstices.

Il demeurait des chemins noirs.

De quoi se plaindre? « 

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J’ai aimé ce livre. Je découvre petit à petit cet auteur et chaque ligne me donne envie de dévorer les suivantes, chaque ligne me donne envie de prendre mon sac à dos et de partir, loin de tout. Mais même sur les chemins noirs, la mondialisation n’est jamais très loin. J’espère que l’on ouvrira les yeux assez tôt.

Dans les forêts de Sibérie

Ce livre c’est la liberté sans limites. La liberté d’être seul, la liberté d’être loin de tout, et en même temps si (trop) près.

Ce livre c’est un éloge de la nature, des arbres, des animaux. C’est ne prendre à la nature que ce dont on a vraiment besoin. Ce livre c’est se sentir humble face à elle.

Ce livre c’est la vie en cabane. C’est le réconfort de l’alcool, d’un feu de bois, d’un thé brûlant.

Ce livre parle de livres.

Ce livre c’est la solitude et le silence. C’est partager un repas sous la pluie allongé à même le sol.

Ce livre c’est le temps qui passe et que l’on regarde passer. Ce livre c’est vivre l’instant.

J’ai adoré ce livre.

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« L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé. Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et, soudain, on ne sait même plus qu’il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont. »

« Les livres sont plus secourables que la psychanalyse. Ils disent tout,mieux que la vie. »

« Etre seul, c’est entendre le silence. Une rafale. Le grésil brouille la vue. Je pousse un hurlement. J’écarte les bras, tends mon visage au vide glacé et rentre au chaud. J’ai atteint le débarcadère de ma vie. »

« Il est bon de savoir que dans une forêt du monde, là-bas, il est une cabane où quelque chose est possible, situé pas trop loin du bonheur de vivre. »