Le Bon Gros Géant

 

Avant de partir en vacances, j’inaugure la série de ceux que je nommerai #lesgensparticuliers avec ma première lecture : Le BGG de Roald Dahl.

Quel bonheur de me replonger dans l’écriture de cet auteur! J’avais vu avant ma lecture l’adaptation de Spielberg (qui est plutôt pas mal faite et fidèle au livre bien que peut être plus enfantine) donc je connaissais déjà l’histoire, mais quel plaisir de la lire!

Voici la bande annonce du film, si tu es intéressé(e) :

Résumé royal:

Un kidnapping. Un géant végétarien souffleur de rêves qui s’entortille dans ses mots. La frambouille. L’Avaleur de chair fraîche. La chasse aux rêves. Un cauchemard. Une idée. La reine d’Angleterre…

Résumé au dos du livre:

Sophie ne rêve pas, cette nuit-là, quand elle aperçoit de la fenêtre de l’orphelinat une silhouette immense vêtue d’une longue cape et munie d’une curieuse trompette. Une main énorme s’approche et saisit la petite fille terrifiée pour l’emmener au pays des géants. Mais heureusement, Sophie est tombée entre les mains d’un géant peu ordinaire : le Bon Gros Géant, qui se nourrit de légumes et souffle des rêves dans les chambres des enfants…

Ce que j’en ai pensé:

Les +: Bien sûr l’inventivité de l’auteur, qui crée un monde de A à Z. Le pays des rêves par exemple est tellement bien décrit qu’on n’a aucun mal à l’imaginer même s’il est complètement surréaliste.

La traduction! Le BGG parle en déformant tous les mots (parce qu’il n’est jamais allé à l’école, alors il est « tout plein de fautes »), et la traduction est tellement bien faite! Je voudrais lire un passage en VO pour me faire une idée de ce que ça donne en anglais.

Les Mots tordus, justement. A la façon d’Alice au Pays des Merveilles, de Zazie dans le métro ou encore des livres de PEF que je dévorais étant petite, quelle inventivité et quel plaisir que cette écriture!

Les illustrations. Gros coup de cœur pour celles de la reine qui est immédiatement reconnaissable.

En parlant de reine, la participation de la Reine d’Angleterre, ma chère consœur, à cette histoire!

L’humour! Parlons de la « frambouille »…

Les suppléments de cette édition, ludiques et intéressants.

La dernière phrase (à ne pas lire avant de commencer cette lecture!).

Les – : Rien ne me vient à l’esprit.

Ma note:

18/20 Tant de poésie, de douceur, d’humanité se dégagent du BGG! C’est une histoire émouvante, drôle, qui donne envie d’en lire beaucoup d’autres, et de découvrir les romans destinés aux adultes de cet auteur. Bref, une lecture « délexquisavouricieuse ! »

Citations choisies:

« – Moi? ! s’exclama le géant en faisant trembler de sa voix puissante les rangées de bocaux alignés sur les étagères, moi, me nourrir d’hommes de terre? ! Ça, moi, jamais! Les autres, oui! Tous les autres en dévorent chaque nuit, mais pas moi! Moi, c’est un géant farfelu! Un gentil géant tout confus! Je suis le seul gentil géant tout confus au pays des géants! »

« – Comparée à moi, tu es aussi sourde qu’une brioche! s’exclama le BGG, tu n’entends que les gros bruits lourdauds avec tes petites oreillouchettes. Mais moi, j’entends tous les secrets murmures du monde!

– Comme quoi, par exemple? demanda Sophie.

– Dans ton pays, j’entends les pas d’une coccinelle qui marche sur une feuille d’arbre.

– Vraiment? s’étonna Sophie, impressionnée.

– Et en plus, je les entends très fort, ajouta le BGG, quand une coccinelle marche sur une feuille d’arbre j’entends ses pas qui font polotop polotop, tout comme ceux d’un géant!

– Mon Dieu ! s’écria Sophie, et qu’entendez vous d’autre?

– J’entends les petites fourmis qui bavardouillent quand elles trottent sur le sol.

– Vous voulez dire que vous entendez parler les fourmis?

– Chaque mot qu’elles prononcent, assura le BGG, bien que je ne comprenne pas leur baragouin. »

« – Non, cela ne me plaît pas, répondit fermement le BGG, ce n’est pas parce qu’on a un peu raison qu’on n’a jamais tort. »

« On ne devient pas maître d’hôtel de la reine sans pouvoir faire preuve au plus haut point d’ingéniosité, d’adaptabilité, de souplesse, de dextérité, d’astuce, de sophistication, de sagacité, de discrétion et d’une foule d’autres qualités que ni vous ni moi ne possédons. M. Tibbs, en revanche, les avait toutes.

Il se trouvait à l’office en train de boire paisiblement sa première bière de la journée, lorsque l’ordre royal lui parvint. »

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Bref, en ce moment je suis standardiste…

« Bonjour Madame excusez moi de vous déranger… », bruit de bouche : une sorte d’aspiration, un mélange d’air et de salive, bruit très désagréable si tu veux mon avis.

C’est à ce moment précis que ma patience entre en jeu pour la 244ème fois de la journée.  « Vous ne me dérangez pas, Madame étant donné que mon travail consiste justement à répondre à votre appel, mais n’étant sûrement pas au fait de la chose, je vous concède cette méprise. Cependant, selon la majorité des manuels de bonnes manières, y compris, excusez du peu, ce très cher Wikipédia, il me semble que je ne suis pas forcée d’accepter vos excuses. Il serait de bon ton de réitérer votre appel en formulant votre requête de cette manière : « Bonjour Madame, je vous prie de m’excuser/je vous présente mes excuses pour le désagrément que vous cause mon appel… ». Mais je n’en demande pas tant, exposez moi simplement votre problème après un Bonjour de courtoisie, j’en serais ravie! »

Bref, disposant d’une patience inébranlable, je passe outre.

Suite de la conversation : « Je voudrais parler au service … s’il vous plaît ». Paf! Encore une qui me demande un service inexistant dans l’entreprise! Afin de cerner sa demande pour mieux l’orienter, je pose la question fatidique : « C’est à quel sujet, s’il vous plaît? ». Erreur!  La voilà qui passe trois minutes à me raconter que son petit fait ses dents, que le grand a vomi ce matin à l’école, qu’elle a du aller le chercher, que c’était compliqué parce qu’il a fallu couvrir le petit pour ne pas qu’il prenne froid parce qu’en plus de ses dents, vous comprenez… tout ça pour arriver enfin aux cinq mots miracles tant attendus : « Mon store est cassé ». MER-CI!

Bref, disposant d’une patience inébranlable, je passe outre.

Appel suivant, toujours pareil jusqu’à : « C’est à quel sujet, s’il vous plaît?

– Non mais vous vous prenez pour qui? Vous êtes à l’accueil ça ne vous regarde pas, mes employés à moi ne posent pas des questions comme ça! »

Je fais quoi, je m’énerve? Je lui dis que je m’en fous de sa vie, qu’au passage c’est une conne et qu’une fois que j’aurais raccroché j’aurai oublié sa misérable existence (et là je te fais la version gentille et non censurée de ce qui m’a traversé l’esprit à ce moment là)?

Non, disposant d’une patience inébranlable, je passe outre. (Remarquez quand même la finesse de MES employés à MOI!)

Il y a aussi les personnes âgées qui ne sont pas rapides rapides alors que j’ai de mon côté six personnes qui attendent que je décroche CE P… DE TÉLÉPHONE, ceux qui téléphonent dès qu’une question leur traverse l’esprit, soit quatre fois par jour, ceux qui hurlent sur leur progéniture ou leur chien (ou leur femme) alors que j’essaie de leur faire comprendre que nous sommes en communication, ceux qui font appeler leur Maman, ceux qui réfléchissent à la raison de leur appel une fois qu’ils sont en ligne, ceux qui ne savent toujours pas alors qu’ils sont en ligne, celles qui te prennent pour une crétine,  les découragés, les désespérés, les énervés, les furieux…

Mais disposant d’une patience inébranlable, je passe outre (mais là je commence à fatiguer, je l’avoue).

Au milieu de ce marasme, il y a quand même quelques irréductibles optimistes qui résistent encore et toujours à l’envahisseur, ces gens aimables et courtois qui poussent même parfois le vice jusqu’à « vous remercier pour votre gentillesse et votre efficacité ». Si tu fais partie de ces gens là, je te remercie grand comme ça! Merci d’être le rayon de soleil qui illumine ma journée!       WOUAAAH!

☎️     ☎️     ☎️

Pour finir:

PETIT MANUEL DE L’APPELANT DANS L’ADMINISTRATION

  • Simplement bonjour tu diras (en théorie, la personne qui répond tu ne dérange pas).
  • Ton identité (NOM et PRENOM) tu déclineras (en articulant, cela va sans dire).
  • Ton nom, s’il est un peu compliqué tu épelleras.
  • Le service souhaité tu ne nommeras pas sauf si tu en es sûr, tu tomberas sans doute à côté sinon.
  • L’objet de ton appel tu énonceras simplement.
  • Si une personne a tenté de te joindre, tes messages tu écouteras avant de rappeler.

On ne t’en demande pas plus et on chuchotera une fois raccroché « Il était bien lui! ».