Kafka sur le rivage

Ce livre est un voyage initiatique.

On y croise un homme qui parle avec les chats et à qui il manque la moitié de son ombre, un chauffeur routier qui découvre la musique classique, une femme gay, un adolescent en quête de vérité et une âme cherchant le repos.

Dans ce livre, les poissons tombent du ciel.

Tout commence par une malédiction.

Ce livre est un éloge de la liberté et de la culture.

Tout finit au pays des merveilles.

Ce livre est une métaphore de la vie dans laquelle le manque est omniprésent.

Marcher dans la forêt, de plus en plus loin et ne plus avoir peur.

Ce livre a changé ma vie et j’ai pris énormément de plaisir à le relire.

☔     ☔     ☔

« Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C’est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l’aube. Pourquoi ? Parce que la tempête n’est pas un phénomène venu d’ailleurs, sans aucun lien avec toi. Elle est toi-même, et rien d’autre. Elle vient de l’intérieur de toi. Alors, la seule chose que tu puisses faire, c’est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d’empêcher le sable d’y entrer, et la traverser pas à pas. Au cœur de cette tempête, il n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune, pas de repères dans l’espace ; par moments, même le temps n’existe plus. Il n’y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer. »

« Mais je déteste par dessus tout les gens qui manquent d’imagination. Ceux que T.S Eliot appelait « les hommes vides ». Ils bouchent leur vide avec des brins de paille qu’ils ne sentent pas, et ne se rendent pas compte de ce qu’ils font. Et avec leurs mots creux, ils essaient d’imposer leur propre insensibilité aux autres. »

« – Mon camion pue le poisson, ça ne vous fait rien? demanda-t-il.

 – Nakata aime beaucoup le poisson.

    Le routier se mit à rire. 

 – T’es pas ordinaire, toi au moins!

 – Oui, on me le dit parfois.

 – Moi, j’aime bien les gens bizarres. Je me méfie des gens normaux qui mènent une vie normale. »

Chroniques de l’oiseau à ressort

Bon, alors là, j’espère que tu as un peu de temps à m’accorder… Votre majesté est déboussolée très cher(e)! Il m’a fallu trois semaines pour lire ce bouquin! Pas parce-qu’il est long (950 pages), plutôt parce-que j’étais incapable de le lire d’une traite… Je pense avoir lu plus de la moitié des romans de Murakami, mais aucun ne m’avait jusque-là à ce point déstabilisée. Ce roman est un ovni! Tu ne peux pas le lire en quelques jours comme ça sans le reposer, tu risquerais d’être entraîné dans l’histoire, c’est à en devenir fou! C’est un bouquin qui mérite que tu le fermes de temps en temps pour y réfléchir. Et arrivée à la fin, je ne sais pas si je l’ai véritablement aimé ou non… je crois que oui.

Résumé royal:

Un chat disparu, un oiseau à ressort invisible, une voisine qui traîne la jambe, un oiseau qui écarte les ailes mais ne pourra jamais voler, un puis à sec, des enfances difficiles, un patron de pressing amateur de jazz, une étrange histoire, une enquête « prune, pin, bambou », un drôle d’héritage, une échelle de corde, un prestidigitateur, une prostituée de la conscience, des révélations à la piscine municipale, une tâche sur le visage…

Résumé au dos du livre:

Le jour où sa femme disparaît inexplicablement, la vie de Toru Okada bascule – et emporte avec elle les repères du monde. C’est dans une réalité qui s’enfuit sous d’excentriques mirages que le jeune homme s’éveille un matin. Un théâtre d’ombres débutant par de mystérieux coups de téléphone, et où se croisent peu à peu des êtres déroutants, inclassables, aux confins d’un univers guidé par le chant d’un oiseau à ressort…

« Haruki Murakami crée des univers dont on est aussitôt prisonnier… Le charme opère : on est absorbé par cette lecture qui tient du manga et de l’uchronie, mais aussi et surtout par une atmosphère qui n’appartient qu’à Murakami. » Amélie Nothomb, Le Monde des Livres

Ce que j’en ai pensé:

Les +: Encore et toujours, les côtés onirique et surnaturel des romans de Murakami, encore plus présents, peut-être, dans ce roman.

Le personnage de May Kasahara, drôle, loufoque, qui apporte un peu de légèreté dans cette histoire.

Le personnage d’Ushikawa, vraiment dérangeant. Le même Ushikawa que dans 1Q84?

Les -: Il m’a manqué des passages de la vie réelle, comme je les aime tant dans les romans de Murakami. Je trouve qu’il est l’un des auteurs qui décrit si bien les petites choses de la vie courante, comme si c’était quelque chose qui méritait que l’on en face un récit, qu’il donne envie de vivre, simplement, de s’asseoir dans sa cuisine, de se poser pour boire un café ou une bière en écoutant la radio ou en silence… Ces aspects là, cette sérénité de la vie quotidienne qui nous rattache toujours à la réalité, sont moins présents dans ce roman, et ça m’a manqué.

Certaines longueurs parfois, surtout dans les récits historiques, où j’ai eu tendance à décrocher. Non pas que ça ne m’ait pas intéressé, mais ne connaissant pas le contexte, c’était un peu compliqué à suivre. En revanche , il faut avoir le cœur bien accroché durant ces passages parce-que certaines descriptions sont à la limite du soutenable. Je t’aurai prévenu(e)!

Ma note:

15/20 Je ne sais toujours pas quoi penser de ce livre. Je l’ai aimé, il m’a dérangée, je l’ai fermé plusieurs fois, puis ré-ouvert, j’ai réfléchi, j’ai compris, puis me suis perdue…

Citations choisies:

« Je lui versai une nouvelle tasse de café. Elle y mit de la crème, tourna lentement la cuillère. De mon côté, je bus une gorgée de mon café noir. A petits coups secs, l’horloge du salon frappait contre le mur du temps. »

« Tous les éléments s’entremêlaient comme les pièces d’un puzzle en trois dimensions. Un puzzle où la vérité n’était pas forcément la réalité, et la réalité n’était peut-être pas la seule vérité. »

« Mes larmes tombaient bruyamment par terre, aussitôt absorbées par les flaques de lune. Sous les rayons laiteux, je les voyais briller, comme de magnifiques cristaux. Tout d’un coup, je me suis rendu compte que mon ombre pleurait aussi : l’ombre de mes larmes se découpait nettement sur le mur. Oiseau-à-ressort, as-tu déjà regardé l’ombre de tes larmes? Ce n’est pas une ombre ordinaire, ça n’a rien à voir. C’est un ombre venue exprès de nos cœurs d’un autre monde lointain. En les voyant, je me suis demandé si, en réalité, ce n’était pas mon ombre qui pleurait de vraies larmes, dont les miennes n’étaient qu’un pâle reflet. »

Le passage de la nuit

Il est de ces moments où, relisant un livre, tu te remémores des sensations lointaines, rangées dans un coin oublié de ta mémoire. Les sensations de tes 15 ans, cette époque où peu importait la réalité, où seule ta soif de découvrir te faisait vivre, où rien d’autre que tes envies n’avait d’importance… J’ai pris plaisir à redécouvrir ce livre, celui par lequel j’ai découvert Haruki Murakami, il y a 11 ans. Il m’a d’ailleurs semblé que c’était le meilleur choix, que c’est par celui ci qu’il fallait commencer. Ce livre c’est une nuit à Tokyo, où le temps s’égraine lentement, où on retrouve cette nostalgie que sait si bien instaurer cet auteur, et que j’ai d’autant plus ressentie qu’il a réveillé beaucoup de souvenirs. Ce livre est un temps de méditation et de calme, où l’on s’autorise à ralentir, à faire une pause avant de retourner à une vie où tout va parfois trop vite…

Résumé royal:

Un restaurant, Tokyo la nuit, une chambre, un love hôtel, un masque, des vinyles, l’horloge de la nuit, les caméras de surveillance, une moto, l’heure des fantômes, le bureau désert, de la musique classique, du lait entier et une pomme choisis avec soin, un café, une réponse taille M, des sandwiches au thon et au mercure, le square aux chats…

Résumé au dos du livre:

Dans un bar, Mari est plongée dans un livre. Elle boit du thé, fume cigarette sur cigarette. Surgit alors un musicien qui la reconnaît. Au même moment, dans une chambre, Eri, la soeur de Mari, dort à poings fermés, sans savoir que quelqu’un l’observe. Autour des deux sœurs vont défiler des personnages insolites : une prostituée blessée, une gérante d’hôtel vengeresse, un informaticien désabusé, une femme de chambre en fuite. Des événements bizarres vont survenir: une télévision qui se met brusquement en marche, un miroir qui garde les reflets… A mesure que l’intrigue progresse, le mystère se fait de plus en plus dense, suggérant l’existence d’un ordre des choses puissant et caché. Le temps d’une nuit, Haruki Murakami nous entraîne dans un Tokyo sombre, hypnotique, aux prémices d’un drame.

Ce que j’en ai pensé:

Les +: Sous ses aspects sombres et inquiétants, j’ai plus ressenti du calme que de l’inquiétude à la lecture de ce roman. Cet auteur a vraiment un don pour instaurer cette ambiance de quiétude dans ses romans. Ça fait du bien!

Encore et toujours chez Murakami, le côté onirique, surnaturel, qui se mêle à la réalité. On est incapable de distinguer le rêve du réel, sans que cela ne pose aucun problème.

Les personnages, dont on ne sait pas grand chose, et pourtant attachants.

Et bien sûr, comme à chaque fois, c’est un livre qui parle de nourriture! A chaque fois que je lis Murakami, j’ai faim!

Les -: Certains passages un peu longuets peut être, mais sans que j’arrive vraiment à définir pourquoi.

Ma note:

17/20 Voilà un livre qui fait du bien quand on se sent stressé (mon dieu que je déteste ce mot!). On se pose, au calme de cette nuit, et on s’interroge sur la réalité sans en être vraiment affecté. C’est un livre qui donne envie de prendre le temps de vivre.

Citations choisies:

« Elle interrompt sa lecture, regarde par la fenêtre. De son point de vue, au premier étage, elle peut observer le boulevard animé. Même à cette heure, les passants sont nombreux, les lumières vivent. Des gens sans destination, d’autres avec. Des gens sans but, d’autres avec. Des gens qui essaient de retenir le temps, d’autres qui cherchent à en précipiter le cours. Après avoir contemplé quelques instants le spectacle urbain ininterrompu, la fille inspire et se replonge dans son livre. Elle saisit sa tasse. Sa cigarette à peine entamée se consume sur le cendrier et forme une longue cendre régulière. »

« A l’évidence, il y a là quelque chose de tout à fait incompatible avec le naturel. Voilà à peu près ce que l’on est en mesure de comprendre pour le moment. »

« Tu sais, nos vies ne sont pas découpées simplement en « sombre » et « lumineux « . Il y a une zone intermédiaire qui s’appelle « clair-obscur « . La saine intelligence consiste à en distinguer les nuances, à les comprendre. Et, pour acquérir cette saine intelligence, il faut pas mal de temps et d’efforts. »

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond

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Aujourd’hui je vais vous parler du livre que j’ai fini hier : Autoportrait de l’auteur en coureur de fond d’Haruki Murakami. Il ne s’agit pas d’un roman mais plutôt d’un journal que l’auteur a tenu pendant plusieurs années, et dans lequel il parle de ses expériences tant (et surtout) au niveau de la course, que de l’écriture, et le lien qu’il établit entre les deux. Il nous raconte ses expériences, du marathon au triathlon, ses victoires personnelles, ses progrès et ses difficultés.

Résumé au dos du livre: De la course à l’écriture, il n’y a qu’une foulée que Murakami nomme la vitalité. Pour s’astreindre à une discipline d’écrivain, l’auteur a vendu son club de jazz, arrêté de fumer, commencé à courir, inlassablement, tous les jours. Journal, essai, éloge de la course à pied, au fil de confidences inédites, Murakami nous livre une méditation lumineuse sur la vie.

Mon avis: J’ai aimé cette lecture. Haruki Murakami étant l’un de mes auteurs préférés, j’ai apprécié le fait de le découvrir sous un autre angle, plus personnel. Comme je m’y attendais, c’est quelqu’un de très rigoureux, qui s’applique à effectuer chaque tâche de son existence du mieux possible. J’ai aimé son honnêteté et son humilité dans ce journal, le fait qu’il n’hésite pas à s’exprimer sur ses difficultés.

Après, n’étant absolument pas sportive, même si j’admire la ténacité et l’application de Murakami dans tout ce qu’il entreprend, j’ai parfois eu du mal à comprendre ses ressentis (bien qu’ils puissent s’appliquer à d’autres sujets que le sport, il est vrai). Mais j’ai aimé cette lecture, je me suis retrouvée dans cette obstination à faire toujours mieux, à chercher ses limites, pour tenter de les dépasser.

Je te conseille cette lecture, si comme moi tu aimes les journaux, carnets et autobiographies. Mais il est vrai je pense que ce livre m’a vraiment plu parce que je connais pas mal des romans de cet auteur. Si ce n’est pas le cas pour toi, je te recommande ce livre mais te conseille de découvrir les autres avant (je t’ai déjà parlé de Murakami , , , ou encore  et  alors tu vois, tu as de quoi faire ton choix! Mais ceux que je n’ai pas encore chroniqués sont géniaux aussi, notamment Kafka sur le rivage, la trilogie 1Q84 ou Le passage de la nuit).

Sur ces bonnes paroles, votre majesté vous souhaite une bonne fin de journée, et un bon weekend (puisqu’il paraît que ça s’écrit comme ça maintenant)! Tiens, à ce sujet juste avant de partir, si tu veux en savoir plus sur la réforme de l’orthographe, je te conseille cette vidéo (tu peux aussi regarder les autres vidéos de cette chaîne, elles sont chouettes!). Allez j’y vais, salut!

Extraits choisis:

« C’est la même chose, et c’est essentiel, lorsque j’écris une nouvelle. Au moment où je sens que je pourrais continuer à écrire, je pose mon stylo, je m’arrête. Ainsi, le travail du jour suivant s’enclenchera aisément. Je crois qu’Ernest Hemingway écrivait de manière similaire. Pour poursuivre une activité, il faut conserver son rythme. Ce qui est particulièrement important pour les tâches de longue haleine. Une fois que vous tenez le bon rythme, tout va bien. Mais avant que le volant d’une machine ne se mette à tourner à une vitesse constante, de manière sûre, il faut beaucoup d’efforts, ni trop, ni trop peu, pour parvenir à cette obstination, cette régularité dans l’effort. »

« Les blessures émotionnelles représentent le prix à payer pour être soi-même. »

« Aucun effort à faire. On rencontre parfois de ces écrivains-là. Malheureusement, je n’entre pas dans cette catégorie. Je n’ai jamais découvert de source dans mon voisinage immédiat, je l’avoue humblement. Je dois graver le roc à l’aide d’un burin, à la main, assidûment, creuser un trou profond avant de découvrir la source de la créativité. Pour écrire un roman, je dois me contraindre à des exercices physiques éprouvants et y passer beaucoup de temps, faire beaucoup d’efforts. Chaque fois que je commence un nouveau texte, il me faut entailler le roc, toujours plus loin. Mais comme j’ai adopté ce style de vie depuis de nombreuses années, je suis devenu très efficace, à la fois techniquement et physiquement, pour forer un rocher très dur et pour y découvrir une nouvelle source. Aussi, dès que je remarque que l’une des sources menace de s’assécher, je me déplace hardiment vers une autre. Ceux qui ont compté sur leur source naturelle se retrouvent parfois à sec soudain et risquent alors de ne plus réussir aussi aisément. Autrement dit, regardons en face la réalité : la vie est fondamentalement injuste. »

Les amants du Spoutnik

Hello! Je reviens encore une fois avec un Murakami (promis je passe à autre chose ensuite), cette fois Les amants du Spoutnik. J’ai commencé cette lecture dans l’avion en partant pour Lisbonne, et je n’y ai plus touché jusqu’à mon retour, n’ayant ni le temps ni vraiment la tête à la lecture. Je viens de le finir à l’instant, et j’avoue être encore un peu chamboulée par la fin. J’ai voulu écrire cet article « à chaud » pour essayer d’être la plus juste au niveau de mon ressenti, j’espère y parvenir au mieux. A vrai dire j’ai été un peu déstabilisée par la première moitié du roman, ne reconnaissant pas l’écriture de Murakami. J’ai vraiment eu l’impression que le livre était coupé en deux. La première partie étrangement classique, et puis d’un coup, pile au milieu du roman, retour à « l’anormale ». Des chats, la Lune, la plage, la nourriture, les cigarettes, l’alcool, Ouf! C’est bien lui! Pour vous la faire courte, j’ai beaucoup aimé cette lecture, et je trouve que ce roman ne ressemble pas vraiment (un peu bien sûr) aux autres, dans le sens où cette fois, le côté onirique auquel nous sommes habitués, est présent mais empli d’une profonde tristesse. C’est un roman qui ne nous laisse pas indemne, surtout quand on a subi la disparition de quelqu’un de proche. Murakami retranscrit de façon magistrale l’émotion et la solitude que l’on peut ressentir à la perte de quelqu’un qu’on aime, sans en faire trop, et c’est là qu’on voit le génie de cet auteur (et c’est pour ça que je l’aime!!!).Murakami in plane

Résumé royal:

K, le narrateur et Sumire, une amitié étrange mais sincère, la passion pour la littérature, l’envie d’écrire, des amours non réciproques, le désir, une rencontre, Miu, le changement, le voyage, la vieille dame mangée par ses chats, la disparition, l’avion, l’absence, le rêve. Le manque. La solitude…

Résumé au dos du livre:

K. est amoureux de Sumire, mais dissimule ses sentiments sous une amitié sincère. La jeune fille est insaisissable, et voue un amour destructeur à une mystérieuse femme mariée. Un jour, Sumire disparaît, sans laisser de traces. K. part à sa recherche sur une île grecque, dans les rues de Tokyo, ou tout le ramène à elle.

« Une fable du troisième millénaire : des êtres séparés, un amour impossible, le néant spirituel, un vide implacable. Envoûtant. »
Céline Geoffroy, Les Inrockuptibles

Ce que j’en ai pensé:

Les +: La façon d’écrire de Murakami, encore et toujours. C’est beau, c’est poétique, mélancolique. L’alternance entre la narration par K. et les flash-back sur les histoires de Sumire et Miu vus cette fois par Sumire est menée avec brio.

Le fait de basculer d’un coup de la plus grande normalité à des événements quasi fantastiques, où tout s’accélère, où on ne démêle plus le vrai du faux.

Et surtout, comme je l’ai déjà dit, la fin. Je ne veux pas trop en dire, simplement, je remercie Murakami d’avoir mis des mots justes là où il est très difficile de le faire, tout en délicatesse, sans tomber dans le mélodrame, simplement poser des mots, décrire un ressenti, sans chercher à se torturer l’esprit pour comprendre pourquoi la douleur, pourquoi on se sent si seul, etc. Il nous montre simplement qu’il n’y a rien à comprendre, que c’est normal. Et ça fait du bien, et c’est doux même si c’est triste.

Les -: Simplement peut être l’écriture (je chipote là bien sûr) qui m’a semblée un peu moins recherchée que dans les autres livres. Peut être est-ce dû à la traduction, je ne sais pas. Des phrases plus courtes, plus simples. Il m’a semblé que ce livre là était un peu différent des autres. Ou peut être que c’est l’écriture complexe de Thomas Clerc qui a laissé ses traces dans mon esprit (je vais donc prononcer un sortilège de désenvoûtement pour pallier à ça tout de suite!).

Ma note:

17/20  Pas mon préféré de Murakami, j’ai quand même adoré. Je vous le recommande à 200% mais à éviter si vous déprimez un peu. Je vais lire un roman jeunesse maintenant tiens, pour changer!

Citations choisies:

« Pourtant, au risque d’énoncer un lieu commun de plus et de généraliser, j’ajouterai qu’une certaine part d’inutilité me paraît indispensable à nos vies imparfaites. Si nous en retirions tout ce qui est inutile, l’imperfection elle-même disparaîtrait. »

« C’est simple. Il suffit de rêver. Rêver sans cesse. Entrer dans le monde des songes, et ne plus en ressortir. Vivre éternellement dedans.

Car, dans les rêves, il n’est pas nécessaire d’établir des distinctions entre les choses. Pas du tout nécessaire. Les frontières n’existent pas. Et du coup, dans les rêves, les collisions se produisent rarement. Même quand il y en a, elles ne sont pas douloureuses. La réalité, c’est différent. La réalité, ça mord. Réalité, réalité. »

« J’adore cette phrase. Je crois que voilà un des principes fondamentaux de la réalité : accepter que les choses difficiles à comprendre soient difficiles à comprendre. […] Voilà pourquoi je me suis mise à écrire. J’ai réfléchi de manière quotidienne, et ainsi j’ai conçu un rêve au sein du royaume sans nom qui se trouve dans le prolongement de ma pensée – un fœtus aveugle nommé compréhension, qui flotte dans le liquide amniotique universel et écrasant de l’incompréhension. »

« Pourquoi est-il nécessaire que nous soyons si seuls? Tant de gens vivent dans ce monde en attendant quelque chose les uns des autres, et ils sont néanmoins contraints à rester irrémédiablement coupés des autres. Cette planète continue-t-elle de tourner uniquement pour nourrir la solitudes des hommes qui la peuplent? »

« C’est ainsi que nous poursuivons nos existences, chacun de notre côté. Si profondément fatale que soit la perte, si essentiel que soit ce que la vie nous arrache des mains, nous sommes capables de continuer à vivre, en silence – même lorsqu’il ne reste plus de notre être qu’une enveloppe de peau, tant nous avons changé intérieurement. »

Les attaques de la boulangerie

20151101_164238Quelle honte! Je viens de m’apercevoir que je n’avais même pas donné le nom de l’illustratrice dans mon article sur Sommeil. Il s’agit de Kat Menschik qui est aussi l’illustratrice de cette autre nouvelle de Murakami, toujours aux éditions Belfond, que je viens de terminer. Encore des illustrations magnifiques! Ne parlant pas Allemand, il m’est difficile de trouver des informations sur le travail de cet artiste. Je vous invite tout de même à admirer son travail ici (oh le lien! Très recherché, bravo majesté!).

Bref, revenons à nos citrouilles (jeu de mots douteux, je vous l’accorde, mais de circonstance hein!), encore une fois j’ai été séduite par la beauté de cet ouvrage. Un peu moins par l’histoire qui se compose de deux nouvelles très courtes, ou de deux chapitres d’une même nouvelle. Je vous en dis plus ensuite, en attendant en voici un aperçu:

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Résumé royal:

La faim qui, telle un volcan sous-marin, creuse un gouffre tellement vaste qu’elle amène à commettre des actes absurdes et irraisonnés…

Résumé au dos du livre:

Superbement illustrées, deux nouvelles, dont une totalement inédite, pour découvrir autrement l’univers envoûtant de l’auteur de la trilogie culte 1Q84.

Un homme et une femme dans un appartement de Tokyo. Ils ont faim. Pas une faim ordinaire. Une faim qui tenaille, qui prend aux tripes, qui obsède.

Une faim comme le souvenir d’une faim antérieure.

Une faim tellement forte, tellement impérieuse qu’elle va les pousser à commettre la plus absurde des attaques…

Ce que j’en ai pensé:

Les +: Toujours les illustrations, vert et or cette fois, d’une finesse et d’une poésie qui collent à la perfection avec l’univers de Murakami. Aussi, même si j’ai beaucoup moins apprécié cette histoire que celle de Sommeil, je reste tout de même sensible à la poésie dans l’écriture de cet auteur.

Les -: Là je vais être plus virulente que d’habitude. Encore une fois, le prix. 17€ et cette nouvelle est encore plus courte que Sommeil! Ensuite, justement, j’ai trouvé ce texte vraiment trop court. Certes, c’est une nouvelle, mais on n’a pas le temps d’être immergé dans l’histoire que c’est déjà fini. Dommage. Je n’ai pas non plus été sensible au sujet de cette histoire. L’idée de base était bien mais pourquoi ne rien développer? On sait que la vie du personnage a complètement changée après avoir entendu de la musique classique, mais pourquoi? Trop de pourquoi à la fin de ma lecture. Le coup de la malédiction, c’est un peu trop facile à mon humble avis. Je n’en dirais pas plus car ce serait vous Spoiler toute l’histoire, mais c’est un bilan très mitigé, pour la première fois pour moi avec cet auteur.

Ma note:

14/20  De belles illustrations, encore une fois beaucoup de style et de poésie dans l’écriture mais je n’ai pas été transportée par l’histoire. Ma première déception à la lecture d’Haruki Murakami et j’espère, la dernière.

Citations choisies:

« Peu importait, au demeurant.

Dieu était mort, tout comme Marx et John Lennon. »

« Sur la table s’alignaient leurs têtes et deux gobelets de milk-shake à la fraise, une vraie sculpture avant-gardiste. »

Sommeil

Non, je n’ai toujours pas fini Modiano, j’ai eu une grosse panne de lecture, ce n’était plus le moment et je ne veux pas le finir parce que j’aime cette lecture et que je ne veux pas la gâcher. Donc je le reprend plus tard, c’est mieux. Ayant envie de me remettre à lire mais ne sachant que choisir qui me sortirait de cet état de rébellion que je déteste, je me suis dit qu’avec une nouvelle de Murakami je ne prenais aucun risque. En effet, j’ai adoré. J’ai emprunté celle-ci ainsi que Les attaques de la boulangerie (que je vais lire très vite) à la bibliothèque. Cette édition est absolument sublime, ce qui ne gâche rien, les illustrations à l’intérieur sont de toute beauté, et en plus ça brille (c’est ça majesté, laisse ton côté féminin s’exprimer, vas y laisse toi aller ça te fera du bien…)!

Voyez plutôt:
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Vraiment j’ai passé un très bon moment. Je vais essayer de ne pas trop en dire à propos de l’histoire car le texte étant court, j’aurais vite fait de trop en dévoiler.

Avant de passer à la suite, il faut que je vous annonce une grande découverte que je viens de faire à l’instant. Je cherchais tranquillement sur le site des éditions Belfond les photos et liens de mes petites nouvelles et là, QUOI??? (oui un QUOI??? à peu près équivalent à celui-là) Une nouvelle nouvelle??? (Oui, comme quoi Coluche n’exagérait pas grand chose finalement…). Et oui! Elle vient de sortir! Je vais donc m’empresser de harceler les bibliothécaires pour qu’elles la commandent et vite! Surtout que d’après le titre ça m’a l’air très prometteur!

Bref revenons à Sommeil…

Résumé royal:

Une femme, trente ans, un mari, un fils, une maison, les courses, la routine. Puis un cauchemar, de l’eau, l’insomnie, l’alcool, la lecture, la révélation. Et la fin…

Résumé au dos du livre:

Envoûtante, onirique, mystérieuse, une des nouvelles les plus énigmatiques de Haruki Murakami, dans une édition luxueuse, superbement illustrée pour restituer tout le mystère, la magie, la fantaisie de l’univers du maître.

Une femme, la trentaine. Elle est mariée, a un enfant. Le matin, elle fait les courses et prépare les repas. L’après-midi, elle va nager à la piscine. Elle vit sa vie comme un robot.

Mais la nuit, quand tout le monde dort, la femme se verse un verre de cognac, mange un peu de chocolat, lit et relit Anna Karénine. La nuit, cette femme redécouvre le plaisir.
Dix-sept nuits sans sommeil…

Ce que j’en ai pensé:

Les +: Mais comment fait-il? MAIS COMMENT FAIT-IL??? Comment fait-il pour nous transporter aussi loin, nous faire ressentir la sérénité, la peur, l’envie d’aller à la piscine, de manger, de boire, de nouveau la sérénité, l’angoisse, tout ça en 70 pages (illustrations comprises)? C’est beau, c’est beau, c’est beauuuuuuu! Et comment il fait pour encore créer un personnage qui prend le temps de vivre alors que c’est une nouvelle? Et la fin, LA FIN! Lisez le, lisez le vous dis-je!

Les -: Le prix. Malgré le fait que ce soit de très beaux livres, 17€ pour une nouvelle c’est pour moi un prix inabordable. Dommage! Je continuerai donc à les emprunter à la bibliothèque en attendant de pouvoir me les procurer d’occasion. Sinon au niveau de l’histoire, le seul inconvénient à mon avis est que c’est trop court. Voilà pourquoi je ne suis pas une grande amatrice de nouvelles. Quand c’est bien je voudrais toujours que ça dure plus longtemps. Enfin s’il avait développé la fin je serais morte d’une surdose de stress. Donc finalement c’est peut être bien comme ça.

Ma note:

17/20  Le livre est beau, l’histoire est chouette, je ne suis simplement pas une grande adepte des nouvelles. C’est donc une note tout à fait subjective.

Citations choisies:

« Fermant les yeux, je me mis à hurler de toutes mes forces.

Mais aucun son ne sortit de ma bouche. L’air ne vibrait plus sous ma langue, et mon cri se répercuta sans bruit à l’intérieur de moi-même. Ce hurlement muet parcourut tout mon corps, mon cœur s’arrêta de battre, tout devint blanc dans ma tête. »

« Je ne m’en étais pas aperçue autrefois en le lisant mais, à la réflexion, quel étrange roman! L’héroïne n’apparaissait pas avant la page cent seize. Les lecteurs du XIXème siècle trouvaient-ils cela normal? »

« Mais, à franchement parler, cela m’était bien égal. Le fait que je doive mourir plus jeune à cause de ça ne me faisait ni chaud ni froid. Les hypothèses pouvaient suivre leur cours. Il n’en restait pas moins qu’en ce moment j’agrandissais ma vie. Et c’était merveilleux. Enfin, il se passait quelque chose, je me sentais vivre, je ne m’usais pas. […] Je trouve qu’une existence humaine, même si elle dure très longtemps, n’a aucun sens si l’on n’a pas le sentiment de vivre. »

« Si jamais la mort c’étais ça, que devais-je faire? Si la mort c’était rester éveillé pour l’éternité, les yeux fixés sur les ténèbres? »